Principes d’Économie Solidaire

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Soin Collectif, Relations et Responsabilité Réciproque

A figure in shadow spreads their arms in a lily pond with gentle yellow ripples and stars emanating out from them. Around the pond are three evergreens and a night sky with a moon and some green flowers growing at the edge of the pond. It reads stepping into our accountability can be a moment of liberation. That's a quote from Shira Hassan.
"Prendre nos responsabilités peut être un moment libérateur." -Shira Hassan

Les relations de confiance et de respect réciproque, dont les parties reconnaissent et honorent leur interdépendance intrinsèque, sont au cœur du travail de l’économie solidaire. Pour élaborer une économie radicalement différente, il faut aussi pratiquer des cultures radicalement différentes : prendre soin les un·e·s des autres dans les moments de joie comme d’adversité, et ce, malgré les désaccords et les conflits. En tant que coopératrices et coopérateurs, notre engagement est de lutter pour la libération collective et de confronter les conflits directement. L’exclusion d’aucune personne ne sera tolérée au sein de nos organisations ou mouvements, sauf en tout dernier recours. L’économie solidaire exige d’établir des limites saines et de refuser que du tort soit causé à autrui. En cohérence avec les valeurs du mouvement, les besoins collectifs et l’entraide sont au cœur de nos pratiques.

PRINCIPE : Les relations sont plus importantes que les transactions ou résultats immédiats.
  • PRATIQUE : Chaque palier de l’économie sociale (petites organisations ou organisations locales, régionales, nationales ou internationales) est responsable de sa propre sphère d’activités. Plutôt que de compétitionner, les organisations visent la collaboration et l’entraide. Les processus décisionnels et le travail organisationnel doivent se faire au niveau le plus local possible. Chacun des paliers du travail collectif doit être lié aux autres (ex. : les relations entre les paliers locaux, nationaux et internationaux soutiennent le travail et les décisions prises au niveau local).
  • PRATIQUE : La promotion des politiques nationales d’économie solidaire doit toujours inclure la participation des associations locales et des personnes militantes qui vivent et travaillent dans les districts représentés par les instances législatives du mouvement. Même lorsqu’un groupe n’a pas la capacité de participer, ses membres doivent recevoir une invitation par respect pour leur relation au mouvement.
  • PRATIQUE : Quiconque investi·e d’un rôle de représentation doit être tenu·e responsable envers les réseaux et organisations du mouvement. Les organisations peuvent fournir des formations officielles à ses membres représentant·e·s, et souligner l’importance et la difficulté de leur rôle.
  • PRATIQUE : Les coopératrices et coopérateurs de l’économie solidaire qui interagissent avec les médias doivent s’engager à faire valoir une grande diversité d’exemples — et non pas seulement les modèles et figures les plus connues. Les gens qui ont accès à une tribune médiatique doivent en profiter pour partager cet avantage avec les autres, particulièrement avec les personnes qui n’ont pas accès à autant de visibilité.
  • PRATIQUE :Élaborer des voies de communication et de rétroaction mutuellement bénéfiques à l’ensemble des divers paliers du secteur de l’économie solidaire. De telles structures doivent permettre de clarifier les tâches et responsabilités de chacun·e, et servir de modèles de base pour l’élaboration de politiques.
  • PRATIQUE : Ralentir. Plutôt que de donner libre cours au sentiment d’urgence opportuniste, les actrices et acteurs de l’économie solidaire progressent ensemble de manière intentionnelle. Chaque initiative doit être menée par les premières personnes concernées, et comporter des mécanismes de gouvernance accessibles autant au niveau matériel que linguistique. Cela est important à chaque palier, particulièrement au niveau national, puisque les politiques fédérales ont le pouvoir d’impacter tous les groupes sur le terrain.
  • PRATIQUE : Renforcer et honorer les réseaux des pairs. Prioriser et soutenir la participation à ces réseaux en y investissant du temps et de l’argent. La posture anti-individualiste suppose que chaque organisation se dote d’un minimum de deux membres responsables du réseautage. Ces relations de confiance doivent s’étendre à l’ensemble de leur organisation ; les membres de chaque organisation doivent se sentir soutenu·e·s autant dans leur groupe immédiat, que dans leur réseau élargi.
  • PRATIQUE : Honorer le principe coopératif universel n ° 7 — Engagement envers la communauté. Chaque décision doit tenir compte d’une vision à court et long terme, et répondre aux questions suivantes : 1) Cette décision sera-t-elle bénéfique pour toutes et tous ? 2) Pour les générations futures ? 3) Pour la planète ?
  • PRATIQUE :Éviter d’attaquer ou diminuer le travail ou les outils des autres organisations du mouvement, en misant plutôt sur la critique constructive et le dialogue. Lorsqu’une personne ou organisation agit de manière nuisible aux objectifs communs de ses collègues et partenaires, le dialogue constructif est essentiel.
PRINCIPE : S’engager dans une réflexion continue sur les manières dont les valeurs communes et la responsabilité individuelle et collective sont promues et incarnées dans nos organisations.
  • PRATIQUE : Dans son implication avec le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), Ella Baker a plaidé pour des espaces annuels dédiés à l’apaisement des tensions, la tenue de débats de principe et la prise de décisions. Dans ces rencontres, les différences de stratégie et de tactique étaient traitées comme des sujets importants, qui nécessitaient une éducation politique et une bonne mise en contexte. (Pour plus d’information à ce sujet, consultez la biographie d’Ella Baker par Barbara Ransby.).)

  • PRATIQUE : Chaque organisation doit prendre position sur le rôle qu’elle espère jouer en matière de changement social dans le monde, et ses membres doivent tenir compte des façons dont leurs actions contribuent à cette mission. (À titre d’exemple, consultez la page web Mission, Theory of Change, and Financial Transparency du Sustainable Economies Law Center.)

  • PRATIQUE : Contribuer à l’apprentissage et l’avancement collectif grâce au partage des expériences, des succès ou des échecs de son organisation.

 

 

PRINCIPE : Honorer et s’instruire sur les traditions, les ancêtres et l’héritage des mouvements sociaux, coopératifs et d’économie solidaire.
  • PRATIQUE : Honorer et maintenir l’essence de l’identité coopérative en prenant part à des groupes qui adhèrent aux principes coopératifs universels, se tiennent responsables vis-à-vis des valeurs et critères de l’économie solidaire, et en appliquent les normes et définitions légales pertinentes à leur territoire. 

 

  • PRATIQUE : Protéger le mouvement d’économie solidaire en barrant le chemin aux « faux-ops » qui se réclament de l’identité coopérative solidaire sans en respecter les principes et pratiques. Par exemple, il arrive que certaines grandes entreprises utilisent le titre de coopérative à des fins de markéting, sans toutefois intégrer les principes démocratiques de la propriété collective à leurs opérations. Ainsi, lorsque des organisations se réclament des concepts de l’économie solidaire sans en incarner les principes et pratiques ni entretenir de liens avec ses diverses parties prenantes, elles doivent être invitées à se joindre au mouvement de manière responsable.

 

  • PRATIQUE : Les pratiques de soutien aux projets en démarrage font partie des traditions et de l’héritage de l’économie solidaire. Les Principes des Équitables pionniers de Rochdale, fondateurs de la tradition coopérative, préconisaient la coopération entre coopératives, et encourageaient les coops existantes à contribuer à la formation de nouvelles coops. Il peut arriver que les membres de certaines organisations en démarrage aspirent à l’identité coopérative, sans toutefois avoir pu accumuler l’expérience et la maturité organisationnelle pour arriver à réellement en incarner les pratiques, ce qui provoque parfois des tensions. Dans ce type de situation, l’approche la plus bénéfique pour l’ensemble du mouvement est de favoriser la collaboration entre les organisations bien établies et les projets en démarrage, de manière à mieux soutenir leur développement.

 

  • PRATIQUE : Toutes les personnes ont des ancêtres qui ont pratiqué la coopération ; pourtant, il est aujourd’hui souvent difficile d’accéder à ce savoir et cet héritage. Les efforts de chaque communauté pour renouer avec ses connaissances et traditions ancestrales d’économie solidaire doivent être respectés et soutenus. Le partage de ce savoir de communauté à communauté représente un grand cadeau, qui se doit d’être accueilli avec honneur et gratitude. 

 

  • PRATIQUE : Éviter d’amalgamer les modèles tous ensemble, de les mettre en compétition ou encore de réclamer un modèle ou l’autre comme étant LE seul bon modèle à suivre.
PRINCIPE : Réfléchir le conflit comme une source de régénération et de clarification.
  • PRATIQUE : Tous les groupes d’économie solidaire doivent convenir de processus de gestion de conflits qui soient clairs, proactifs et efficaces, et qui permettent d’aborder les tensions entre groupes ou individus. Ces processus doivent comporter un mécanisme transparent de plainte et de traitement des plaintes. Par exemple, consultez ce guide de gestion des conflits entre les membres, gracieuseté de l’organisation nationale Resource Generation. Le Sustainable Economies Law Center et l’association Arizmendi ont également créé cette Politique de gestion des conflits , ainsi que ce modèle gratuit d’analyse du profil des membres en matière de communication et de résolution de conflit , destiné à être rempli individuellement lors d’un moment calme afin de devenir un outil de gestion de conflit.

 

  • PRATIQUE : Chaque organisation doit prioriser la gestion des conflits, notamment en prenant soin d’inclure une case budgétaire à cet effet dans leur montage financier, de favoriser des moments de retraite et de rencontre, de fournir de la formation aux membres, etc.  Par exemple, l’organisation Soul Fire Farmorganise des rencontres mensuelles de type « cartes sur table », lors desquelles chaque membre reçoit des commentaires directement de ses collègues. Lorsqu’un conflit survient, les membres ont recours au protocole « Courageous Conversation », que chaque personne apprend et pratique lors de l’orientation annuelle des membres. Si l’une des parties impliquées dans le conflit le souhaite, une personne témoin ou médiatrice peut aussi participer. Le groupe s’engage collectivement à créer et maintenir des espaces de confiance et de non-violence, où les torts commis sont approchés en tenant compte des traumatismes encourus. En cohérence avec leurs valeurs partagées de justice transformatrice, les membres sont soutenu·e·s par une personne professionnelle en médiation et résolution de conflit, qui est disponible au besoin. Les membres de la communauté sont invité·e·s à faire parvenir leurs commentaires au collectif via ce formulaire : https://bit.ly/SFFfeedback.Cette information provient d’une publication Facebook de Soul Fire Farm.

 

  • PRATIQUE : Chaque organisation d’économie solidaire doit se doter de son propre code de conduite, auquel chaque personne doit obligatoirement adhérer afin d’obtenir et de maintenir son statut de membre. Ce code de conduite doit comporter des recommandations spécifiques concernant la protection des membres provenant de communautés marginalisées par la société dominante. 
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